Quelle place pour l’étonnement dans la pratique ostéopathique ?
Mémoire de D.U. de philosophie de l’ostéopathie, Université Catholique de Lyon (2016-2017)
Aux origines de cette réflexion
S’étonner encore, après des années de pratique : c’est la question qui a donné naissance à ce mémoire de D.U. de philosophie de l’ostéopathie.Un patient me dit soudain : « Je sens que mon corps va éclater. » Ce qu’il exprime ne se voit pas, ne se comprend pas au-delà des mots. Pourtant, c’est là que quelque chose commence. Ce mémoire est né de moments comme celui-ci, où la pratique ostéopathique nous surprend : une perception inhabituelle sous la main, une parole incompréhensible, un événement inattendu.
Après des années de pratique, j’ai voulu comprendre ce qui se passe à cet instant précis. D’où vient l’étonnement ? Dépend-il de ce qui est perçu ou de celui qui perçoit ? Est-il un simple moment marquant, ou un véritable chemin de connaissance pour l’ostéopathe ? J’ai cherché les réponses dans la philosophie, mais aussi dans la poésie et l’art, dans le cadre du D.U. de philosophie de l’ostéopathie du Centre Interdisciplinaire d’Éthique de l’Université Catholique de Lyon, sous la direction de Laurent Denizeau et de Jean-Marie Gueulette.
La problématique
Le mémoire pose une question simple en apparence : quelle place pour l’étonnement dans la pratique ostéopathique ? Elle en entraîne d’autres. L’étonnement vient-il de l’objet ou du sujet ? Se produit-il en un instant ou dans la durée ? Produit-il des fruits, pour le patient comme pour le praticien ?
Pour y répondre, le travail convoque tour à tour des philosophes (Héraclite, Parménide, Aristote, Thomas d’Aquin, Kant, Bergson, Merleau-Ponty, Husserl, Bachelard), des ostéopathes (A.T. Still, W.G. Sutherland) et des artistes (Keats, Giacometti). L’idée directrice est que l’étonnement n’est pas un sentiment passager : c’est une posture qui conditionne la qualité de l’écoute et de la connaissance en ostéopathie.

Les grands axes du mémoire
1. L’étonnement, à l’école de la philosophie. La première partie explore ses composantes. D’abord la tension entre changement et permanence : l’ostéopathe sait que la vie est mouvement, alors que les tissus lui « apparaissent » parfois immobiles. Ensuite l’objet de l’étonnement, qui est toujours grand ou inaccoutumé pour celui qui le vit. Puis le sujet, « en arrêt » : il suspend son jugement, ce qui peut le transformer, ou au contraire l’amener à résister. Enfin l’instant, très bref, mais qui se déploie ensuite dans la durée et la mémoire.
2. L’étonnement, chemin de connaissance. La seconde partie montre comment l’attention à l’expérience sensible, et d’abord au toucher, devient connaissance. Pour l’ostéopathe, il s’agit de demeurer dans la perception sans se hâter de la ranger dans un concept, et de devenir une « sentinelle », attentive avant de juger.
3. « Nous sommes des hiboux ». La troisième section, la plus personnelle, invite à cultiver deux regards à la fois : la raison de la journée et l’imagination de la nuit. Elle s’appuie sur Bachelard et Keats (la « capacité négative », savoir exister dans l’incertitude sans chercher à la réduire). Elle met en garde contre une ostéopathie qui ne verrait plus dans l’homme qu’une mécanique à ajuster.
Ce que ce mémoire change dans la pratique
Deux phrases entendues lors du D.U. m’ont accompagné : celle d’un confrère pour qui interrompre un déroulement tissulaire est « un drame éthique », et une étude rapportée par un médecin, selon laquelle le patient est presque toujours interrompu avant la fin de sa première phrase. Mises côte à côte, elles disent la même chose : ne pas interrompre, ni la parole, ni les tissus. Cela invite à une éthique du soin plus attentive à ce qui se joue d’essentiel dans la consultation.

Quelques extraits
« L’ostéopathe étonné avance en tâtonnant, conduit par sa main comme l’aveugle par sa canne, sur un chemin de connaissance dont il ignore le terme. »
« Devenir sentinelle, c’est se laisser saisir par le monde. »
« Avec le patient, on n’en a jamais terminé. »
« Nous sommes des hiboux, certes, mais le sachant, volons ! »
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Pour prolonger la réflexion
Liens internes vers tes articles : l’étonnement/intuition/perception/écoute, l’histoire de l’ostéopathie en France, et le raisonnement clinique avant la technique.








